• This Space Between You And Me, 2016

    Solo show Parc St Léger France Dossier Presse   texte de Céline Poulin pour Hors d'oeuvre

    Au nom de tout ce qui nous sépare

    Retour sur «This Space Between You and Me», Benjamin Blaquart

    Collège Le Rimorin de Dornes

    Parc Saint Léger - Hors les murs, commissariat Franck Balland

    Exposition du 8 avril au 3 juin 2016

    Le bâtiment se dresse, gris et orange, à la lisière du village, derrière les champs verdoient. Il y a quelques années, la principale avait essayé de faire respecter une forme de contrôle à l’entrée de l’établissement, mais les élèves arrivaient de partout, sauf par la grille principale.

    L’espace d’exposition est un peu à part, sorte de hangar technique en préfabriqué des années 90. La porte de l’exposition s’ouvre légèrement et une lumière bleue auréole le sol. Nous pénétrons dans une salle aveugle, un organisme composé de différents éléments occupe la totalité de l’espace. Les visiteurs que nous sommes se déplacent parallèlement aux autres flux qui ont pris possession des lieux. Eau, lumière, informations circulent autour de nous dans un bruit de cascade artificielle.

    Un des mini-écrans de l’installation s’interroge1 :

    «Can empathy can exist in this flattened plane,

    Pushed up between liquid crystals glows and greased glass?»

    La généralisation de l’usage de l’écran est traditionnellement accusée de produire une distance entre les individus, entre celui qui regarde et celui qui est regardé, les rôles étant souvent interchangeables. La vidéo des artistes Eva et Franco Mattes «No FUN» (https://vimeo.com/11467722) est à ce titre particulièrement éclairante des différentes réactions possibles face à un stimulus, transmis par le biais d’internet : rire, inquiétude, désintérêt, excitation...les réponses émotionnelles fusent. Quelle est l’importance du contact (physique, visuel...) pour la formation de l’empathie ? Le sentiment d’immersion provoqué par l’écran (comme cela se produit aussi par la lecture d’un livre) ramène le corps dans la relation numérique2. Ainsi de l’installation totalement immersive de l’artiste Benjamin Blaquart qui joue avec cette idée et avec les références qui l’accompagnent : la lumière bleue, les réseaux de tubes, les prothèses et autres formes organiques architecturées en 3D renvoient à la fois au corps et à notre propre perception comme corps, mais aussi à notre existence culturelle, marquée, suivant les us de chacun, par Ghost In The Shell, Enki Bilal, Druuna etc.

    Je pense à la chanson de Jill Caplan «Tout c’qui nous sépare», dont les personnages deviennent les fantômes de la relation qu’ils ont auparavant habitée : la distance n’est pas uniquement physique, c’est la compréhension de l’autre qui semble avoir déserté le couple. Néanmoins, le lien persiste au nom de tout ce qui nous sépare. Et c’est plus exactement ce que Benjamin Blaquart se demande : quelle est la nature de cet «espace entre toi et moi» ? Cet espace qui semble garder la nostalgie d’une forme de relation antérieure. Il le définit par son installation comme espace à la fois organique et culturel, un espace entre deux, une distance qui lie autant qu’elle sépare. On le sait, l’importance d’une réflexion sur l’altérité va de pair avec la remise en cause des oppositions traditionnelles (nature/culture, dedans/dehors, public/privé, vrai/faux). L’oeuvre souhaite ainsi invalider les frontières entre intérieur et extérieur du corps, proposant une déambulation dans un univers qui relève de l’opération à coeur ouvert et de l’aquarium géant.

    La réalisation d’une telle installation à la galerie du collège de Dornes met en abîme son contexte et l’impact de l’art dans des espaces autres. En effet, une des problématiques majeures d’un département tel que celui de la Nièvre est la question de la circulation : peu d’infrastructures (train, bus...) permettent le déplacement sur le territoire. Pour des élèves, souvent isolés et peu connectés à l’Internet — là encore pour des raisons d’infrastructures mais aussi de moyens, un lieu comme celui de la galerie du collège est une porte qui s’ouvre sur un autre monde, une traversée du miroir, d’autant plus que le Parc Saint Léger favorise depuis plusieurs années la réalisation d’expositions pensées in situ. L’oeuvre de Benjamin Blaquart métaphorise d’ailleurs ce passage, l’entrée de l’exposition semblant mener à l’intérieur de l’ordinateur lui-même, le bâtiment devenant cette coque grise, renfermant un monde, posée au milieu de nulle part.

    C’est pour le public une véritable expérience de l’altérité. «Par cette sortie de la protection communautaire, cette expérience de l’art est un appel à l’universalité et à l’humanité non pas dans leur évidence, mais dans leur complexité.3» Et à l’heure du démantèlement des structures territoriales et du travail de proximité fait depuis des années par celles-ci, l’exposition de Benjamin Blaquart rappelle l’impérieuse nécessité de produire hors les murs, d’offrir aux artistes et aux publics la possibilité d’expérimenter l’art dans une relation forte avec un contexte. Car ces expérimentations, à la limite de la production, de l’éducation, où la médiation de l’oeuvre est intégrée à sa conceptualisation répondent au souhait formulé par Raqs Media Collective d’une institution capable de créer un espace d’incertitude : «L’oeuvre elle-même deviendrait un portail que franchiraient à la fois l’artiste et le public à la recherche l’un de l’autre et de choses différentes que celles contenues dans les confins de leurs êtres et de leur pratique.»4

    1 «Peut empathie peut exister dans ce plan aplati, / Poussé à la hausse entre les cristaux liquides rougeoie et le verre graissé?»

    2 voir Serge Tisseron, in «Subjectivation et empathie dans les mondes numériques», introduction, édition Dunod, 2013

    3 François Soulage explique cette complexité dans la suite de sa démonstration «L’expérience d’une œuvre d’art est, en effet, toujours un tiraillement entre d’un côté l’historicité et la géographie de l’œuvre (et de ses conditions de production) et de l’autre l’appel à l’universalité – impossible de facto.» in « L’expérience de l’altérité de l’art ou l’art comme expérience de l’altérité », Marges, 06 | 2007, 83-89

    4 Raqs Media Collective, «Une magnifique incertitude», in «Micro-Seminaire», édition Parc Saint Léger, 2013, publication originale «Curating and the Educational Turn», de Appel arts center & Open Edition, 2010

  • WELL BEING, 2015

    Open GL 3D HD animation, 2d HD animation, resin, lasercut, 3d print, PVC, silicon, laser transfer, watercooling system, LED, UV light @numero 13 photo: Benjamin Hugard
  • The Pilgrim: electronique baroque ver 1.5. 2015

    (excerpt) original length: 5min 30 Exhibition view at La Friche Marseille France Support: Triangle France
  • ENTROPIC EROSION, 2014

    Solo show at B-Gallery,

    DRAC IDF production.

    Credit photo: Hugard & Vanoverschelde

  • Real Life, 2015

    HD video
  • Hydration, 2014

    Acrylic resin, polyester resin, inkjet print, polyurethan paint, neon. 80x 42,5x 33 cm
  • THE HIDDEN, 2013

    «The Internet resembles more the labyrinth of a medieval city without a real architecture, than the beautiful arrangement of a highway» blaquartbenjamin.com/THE-HIDDEN/intro.html
  • La chose, 2012

    Fiber, acrylic resin,polyurethan painting, metal. 191x 98x 135 cm
  • High Horses, 2012

    Acrylic resin wood, polyurethan painting, fiber, mirror, motor, sound surround 5.1,spots. 54 salon de Montrouge Variable dimension
  • The little boy story, 2011

    2 video channels and setting 10 min
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